Organisations Politiques et Economiques Internationales

IId) La legitimite

La légitimité

Il est impératif de reconnaitre l’efficacité du rôle de l’ONU dans ce qui est d’assurer la paix et la sécurité internationale. Mais dans la question de la légitimité un problème s’impose et c’est ce que nous allons analyser.

Si la SDN était « un parlement sans épée », l’ONU est un mixte de réalisme et d’idéalisme (au sens commun du terme). La vision d’une paix universelle, assurée par des mécanismes de sécurité collective, prend en compte les rapports de puissance entre les nations. Ainsi le statut différencié entre les membres permanents du Conseil de sécurité, dotés d’un droit de veto, et les États participant de l’Assemblée générale de l’ONU reflète-t-il la hiérarchie des nations et l’inégale contribution de celles-là à l’ordre international. Conformément à l’ancien précepte selon lequel on a des droits à proportion de ses devoirs, le privilège du droit de veto est la contrepartie du surcroît de responsabilités qui repose sur les épaules des membres permanents. La fonction implique sens des responsabilités et de l’universel.

Lorsque l’ONU est mise en place, la Deuxième Guerre mondiale n’est pas achevée mais les linéaments de la Guerre froide se profilent déjà. En effet, les espoirs investis dans la perpétuation en temps de paix d’une « grande alliance » ne tenant que par l’existence d’un ennemi commun – espoirs sous-tendus par l’aveuglement quant à la personnalité de Staline et la nature même l’URSS –, se fracassent sur le mur des réalités. Tout au long de la Guerre froide, le Conseil de sécurité est paralysé par la dynamique de ce conflit global,  le haut niveau des enjeux géopolitiques et l’emploi systématique du droit de veto. C’est au terme d’une confrontation d’ensemble, menée dans différents champs et sur des théâtres multiples, que le camp occidental emporte une « victoire froide » sur la Russie-Soviétique. Dans ce long conflit, l’ONU n’aura été qu’une caisse de résonance faisant parfois figure de grande « ONG » humanitaire.

Dans la conjoncture très particulière du gorbatchévisme, l’ONU est un bref temps revitalisée par les Occidentaux et l’URSS pour se saisir de conflits régionaux plus ou moins liés aux développements de la Guerre froide et travailler à leurs résolution. A partir de 1987-1988, plusieurs missions de « casques bleus » sont lancées et d’évoquer alors le « réveil de l’ONU ». Lancée contre les troupes de Saddam Hussein qui avaient envahi le Koweït, l’opération américano-occidentale « Desert Storm », renforcée par des contingents arabes, se fait sous couvert d’un mandat des Nations Unies, avec l’aval de l’URSS. Le temps d’un « nouvel ordre mondial » fondé sur la primauté de l’ONU, du multilatéralisme et du droit international semble venu. Las. Des déchirements balkaniques des années 1990 au « Printemps arabe », le Conseil de sécurité est tout au plus le lieu d’un accord minimal (Libye, Iran), bien souvent en proie aux divisions et donc à l’impuissance (Kosovo, Syrie).

6Institution d’avant la Guerre froide, l’ONU ne s’est pas révélée être l’instance adéquate de l’après-Guerre froide. Au vrai, il ne s’agit pas d’un quelconque dysfonctionnement malheureux ; les espoirs investis dans le multilatéralisme onusien se heurtent à la force des choses et à l’essence du politique. Il n’existe pas en effet de Léviathan supranational pour se poser en « defensor pacis » et puissance d’arbitrage au-dessus des unités.

 

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